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Une femme se tient le ventre de douleur, maladie de crohn

Aller aux toilettes à l’école (en France) – un défi sous-estimé pour les élèves

La rentrée scolaire marque le début d’une nouvelle année pour quelques 12 millions d’élèves en France, tous niveaux et toutes filières confondues, dans le public comme dans le privé.

par La rédaction de PiWee's Room | 23 Sep 2025

À l’école, les souvenirs ne manquent pas : les rires avec les copines et les copains que l’on retrouve, les jeux dans la cour de récré, les premiers tracés au stylo et tous les nouveaux apprentissages qui feront grandir.

Mais derrière ces moments joyeux, il y a aussi les angoisses du quotidien, tout aussi marquantes, comme celle – partagée par 8 enfants sur 10 en primaire – qui surgit quand il faut franchir la porte des toilettes. 

S’aventurer, se risquer même, dans « les WC de la honte » – comme les décrit Le Parisien 🙁 Article Le parisien sur le WC )- reste pour beaucoup d’élèves un vrai casse-tête, source de stress et d’anxiété.

Le petit coin à l’école : une histoire pas si vieille

Depuis l’instauration de l’école obligatoire en France en 1881-1882, avec les Lois Jules Ferry, l’histoire des toilettes scolaires témoigne d’une lente évolution, mêlant avancées sanitaires et défis matériels.

Dès les années 1830, les rapports d’inspection montrent que beaucoup d’écoles primaires sont dépourvues d’installations sanitaires décentes : les locaux sont sombres, mal aérés, parfois qualifiés de « cloaques » . Ces conditions désastreuses sont alors le reflet de l’absence criante de réelles préoccupations pour l’intimité ou l’hygiène des enfants.

Sous la IIIème République, jusqu’en 1940, l’hygiène scolaire devient une priorité étatique, en lien avec la volonté d’éduquer et de « civiliser » la population, notamment les classes populaires.

Dans la droite ligne de la pensée hygiéniste, l’instituteur joue alors un rôle double : enseignant et relais des messages sanitaires, il doit veiller à la propreté corporelle des élèves, tout en signalant la vétusté des locaux.

Mais les toilettes en elles-mêmes restent souvent très sommaires : simples latrines séparées rarement par des cloisons, sans chauffage ni éclairage correct, privant les enfants de toute forme de confort ou d’intimité.

Au XXème siècle, l’architecture scolaire se professionnalise, et les normes progressent lentement. L’arrivée des lavabos et des premiers sanitaires fermés est notable, mais la rénovation complète reste inégale selon les régions et les établissements. En milieu rural par exemple, certains établissements continuent de disposer de toilettes extérieures, sans eau courante ni sanitaires adaptés pour les filles ou les enfants en situation de handicap – et ce pendant encore longtemps.

Malgré les progrès techniques, l’importance sanitaire, sociale et symbolique des toilettes à l’école restera largement sous-estimée jusqu’à récemment.

Des études pédagogiques et sociales mettent aujourd’hui en lumière les impacts des mauvaises conditions sanitaires à l’école sur la santé, la construction, le bien-être et la réussite des élèves.

Alors, où en est-on maintenant ?

Petit coin, grandes problématiques  : insalubrité, manque d’intimité et harcèlement

Au total, la population scolarisée en présentiel s’élève à environ 12 millions de jeunes en 2025, hors école à la maison. A laquelle on peut rajouter plus de 3  millions d’étudiants inscrits dans l’enseignement supérieur (universités, BTS, BUT, classes préparatoires, écoles spécialisées, grandes écoles, etc.).

Cette donnée souligne l’importance majeure des infrastructures éducatives, notamment des sanitaires scolaires, qui doivent répondre aux besoins d’un large éventail d’âges et de situations.

Mais en 2025, que vivent les élèves? Les chiffres sont sans appel : plus de 8 enfants sur 10 indiquent se retenir encore d’aller aux toilettes à l’école primaire. La plupart préfèrent « faire comme si de rien n’était » plutôt que de risquer d’entrer dans des WC jugés sales, malodorants ou mal fréquentés.

Du côté de l’intimité, le manque d’équipement adapté pèse particulièrement sur les adolescentes – « 7 filles sur 10 regrettent le manque d’intimité, de papier ou de savon », précise Bayard Jeunesse dans le magazine Okapi n°1220 du 15 avril 2025

Dans ce qui devient « le lieu de tous les dangers », les jeunes se trouvent sont confrontés à l’insalubrité, la vétusté, le manque d’intimité et parfois le harcèlement.

Les toilettes à l’école, un enjeu de santé publique et d’hygiène 

En France, 81% des enfants âgés de 6 à 11 ans déclarent se retenir au moins de temps en temps d’aller aux toilettes à l’école, selon une étude pour Harpic, fabricant de produits de nettoyage de toilettes.

Selon cette étude, 23% assurent se retenir « souvent », et 58% « parfois », en recourant à tout un cortège de stratagèmes : « essayer de ne pas y penser, se concentrer sur autre chose (64%), serrer le ventre, les fesses (59%), se dandiner pour se retenir (54%) ou éviter de trop boire durant la journée (50%) » (France Info ).

Parmi ceux qui y vont, plus des deux tiers (69%) déclarent qu’ils se contentent d’uriner (et non d’aller à la selle) dans les toilettes de l’école, une tendance qui ne fait que progresser avec l’âge, concernant davantage les 10-11 ans que les 6-7 ans. » (France Info).

Pour 54% des enfants, demander à l’enseignant.e l’autorisation d’aller aux WC reste gênant : près de la moitié trouvent le sujet difficile à aborder.

Bien sûr, se retenir n’est pas sans risque. Les professionnels de santé alertent : les pédiatres parlent de risques d’infection urinaire, de constipation, d’anxiété et de repli sur soi.
Et puis, comment se sentir en confiance pour apprendre quand on se tient le ventre en classe?…

Quelles pistes pour une vraie révolution du petit coin  à l’école ?

Heureusement, des voix s’élèvent aujourd’hui et proposent des solutions très concrètes. Pour sortir du cercle vicieux saleté / désintérêt / dégradation, il faut « plus de pédagogie et d’implication des élèves dans les règles du jeu ». Catherine Jacquet, directrice des « Petits Citoyens », résume : « Les enfants sont très sensibles au fait qu’on les prenne au sérieux, même pour ce sujet trop souvent ignoré. Les impliquer dans les règles permet aussi de les faire grandir. »

Les infrastructures et les équipements doivent également évoluer : des toilettes par âge (plutôt que par sexe), des sanitaires modernisés, un vrai respect de l’intimité en prérequis, des distributeurs de savon et de papier, des protections hygiéniques… autant de mesures préconisées collectivement dans le rapport Essity et par Harpic : « Aller aux toilettes est un droit fondamental qui peut avoir un impact sur la santé. Il faut comprendre les points de blocage, participer à la mise en place d’outils pédagogiques pour un meilleur usage ». (https://www.essity.fr/media/communiques-de-presse/more-than-8-out-of-10-children-still-refrain-from-going-in-the-toilet-school/)

Chez Milan Jeunesse, on encourage aussi la parole des enfants, la sensibilisation des équipes éducatives et le « droit d’aller aux toilettes sans avoir à justifier ni subir de pression ou de remarque ». (https://milan-jeunesse.com/mj/actus/toilettes-scolaires-un-sujet-qui-ne-manque-pas-dair )

Enfin, le dialogue doit être encouragé à tous les niveaux, car « 77% des collégiens estiment que c’est encore tabou, y compris à la maison », souligne Okapi.

Les toilettes, un droit fondamental et le reflet d’une école à l’écoute

Alors, à quand la fin des WC de la honte ?

Quel que soit le lieu, les enfants ne devraient pas avoir à choisir entre leur santé et leur dignité; Y compris à l’école. Peut-être surtout à l’école.

C’est ce combat qui motive experts, enseignants, collectivités… et les élèves eux-mêmes, de plus en plus engagés pour que leur petit coin devienne, enfin, un grand sujet d’humanité et de justice scolaire.

Il reste encore beaucoup de chemin à faire et de quoi s’emparer à bras le corps de ce sujet en cette nouvelle rentrée que nous vous souhaitons sereine et enthousiasmante!

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